L'entretien de parcours professionnel

Le 1er octobre 2026, les stipulations conventionnelles antérieures à la loi du 24 octobre 2025 cessent de produire effet. Pour les entreprises qui avaient négocié des modalités dérogatoires à la périodicité légale de l'entretien professionnel, le régime transitoire s'achève. Voici ce que ça change, pourquoi ça compte, et le plan d'action semaine par semaine.
1. L'accroche : une date, un risque, un réflexe à adopter
Beaucoup d'entreprises ont signé des accords d'entreprise ou de branche qui aménageaient la périodicité de l'entretien professionnel — deux ans compressés en une seule campagne, ou étalés sur trois ans. Ces accords cessent de produire effet au 1er octobre. À partir de cette date, c'est la loi qui s'applique, directement, sans filet.
Le risque n'est pas théorique. Un salarié qui n'a pas bénéficié de son entretien dans les délais légaux peut obtenir en justice l'abondement de son CPF à hauteur de 3 000 €, à la charge de l'employeur. Multiplié par le nombre de salariés concernés, le montant peut peser.
2. Ce que dit le texte
Loi du 24 octobre 2025, article 7 — Modification des articles L. 6315-1 et suivants du Code du travail.
Les nouveaux délais légaux :
Entretien de parcours professionnel (tous les 4 ans) : activation CPF désormais obligatoire au menu.
État des lieux récapitulatif (tous les 8 ans) : bilan des 8 ans de parcours dans l'entreprise.
Entretien de mi-carrière (à 45 ans, nouveau) : perspectives, compétences, santé au travail.
Entretien de fin de carrière (à définir par accord, nouveau) : préparation à la transition.
La périodicité passe de 2 à 4 ans pour l'entretien courant, et de 6 à 8 ans pour l'état des lieux. En apparence, c'est un allègement. En pratique, c'est une refonte : deux nouveaux rendez-vous apparaissent, et le contenu de chacun s'enrichit.
Source : Loi n° 2025-1247 du 24 octobre 2025, JO du 25 octobre 2025 · Questions-réponses du ministère du Travail actualisé le 13 février 2026
3. Ce que ça change concrètement
Trois gestes RH à réviser immédiatement :
Le calendrier de campagne. Si vous lanciez vos entretiens tous les deux ans, votre prochaine campagne naturelle aurait dû tomber en 2026 ou 2027. Avec la périodicité à 4 ans, la prochaine campagne légale peut être repoussée — mais seulement si vous avez bien documenté la dernière. Sans preuve datée, vous ne pouvez pas vous prévaloir du délai.
Le contenu de la trame. L'activation du CPF est désormais un point obligatoire de l'entretien de parcours. Si votre trame actuelle ne le mentionne pas, elle est non conforme à compter du 1er octobre. Idem pour les deux nouveaux rendez-vous : mi-carrière et fin de carrière doivent être intégrés au protocole, même si peu de salariés y sont éligibles immédiatement.
Les accords d'entreprise ou de branche. Leur caducité au 1er octobre ne dispense pas de les dénoncer formellement dans certains cas. Vérifiez avec votre conseil la procédure applicable à votre accord spécifique.
4. Le point aveugle
La loi du 24 octobre 2025 ne distingue pas selon la taille de l'entreprise. Une PME de 11 salariés est soumise aux mêmes obligations qu'un groupe de 5 000. Ce qui change, c'est la capacité à les absorber.
L'angle que beaucoup de DRH ratent : l'entretien de mi-carrière à 45 ans n'est pas une formalité, c'est un outil de rétention. Un salarié de 45 ans qui reçoit pour la première fois une conversation structurée sur ses perspectives, ses compétences et sa santé au travail y attache de la valeur. Les entreprises qui le traitent comme une case à cocher passent à côté de l'effet managérial.
5. Plan d'action
Semaine 37 (8–12 sept.) : Auditer les accords d'entreprise existants — sont-ils concernés par la caducité du 1er oct. ? (DRH + conseil juridique) · Extraire la liste des salariés dont le dernier entretien n'est pas documenté (SIRH / RRH).
Semaine 38 (15–19 sept.) : Réviser la trame d'entretien — ajouter le point CPF, créer les trames mi-carrière et fin de carrière (DRH) · Informer les managers du changement de périodicité et du nouveau contenu (Communication interne).
Semaine 39 (22–26 sept.) : Planifier les entretiens en retard avant le 1er octobre (Managers + RRH).
Semaine 40 (29 sept.–2 oct.) : Vérifier la conformité des dossiers individuels, archiver les preuves (RRH).
Après le 1er octobre : Intégrer les entretiens de mi-carrière au protocole annuel de suivi RH (DRH).
6. Sources
1. Loi n° 2025-1247 du 24 octobre 2025 — Légifrance 2. Questions-réponses entretien professionnel — Ministère du Travail, actualisé 13 février 2026 3. Unédic — nouvelles règles d'indemnisation — Accord du 10 avril 2026 4. DGAFP — Flash RH — actualités fonction publique
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